Les soupirs d’une âme exilée

odilonredon litographie noire

Les soupirs d’une âme exilée

 

Je vis, mais c’est hors de moi-même,

Je vis, mais c’est sans vivre en moi ;

Je vis dans l’objet de ma foi

Que je ne vois pas et que j’aime ;

Triste nuit de long embarras

Où mon âme est enveloppée,

Si tu n’es bientôt dissipé,

Je me meurs de ne mourir pas.

 

Le nœud de flamme et de lumière

Qui lie à Dieu seul mon amour

Fait par un amoureux détour

Qu’il soit captif, et moi geôlière ;

À voir qu’en de faibles appâts

Il trouve une prison si forte,

Un si grand zèle me transporte

Que je meurs de ne mourir pas.

 

Bon Dieu, que longue est cette vie !

Fâcheux exil qui me détiens,

Que ta prison et tes liens

Pèsent à mon âme asservie :

L’espoir d’être libre au trépas

Me cause tant d’impatience,

Qu’attendant cette délivrance

Je me meurs de ne mourir pas.

 

Que cette vie est dégoûtante

Où l’on ne tient Dieu qu’en désir,

Où l’amour mêle son plaisir

À l’ennui d’une longue attente ;

Sentant que mon cœur déjà las

Succombe sous un faix si rude,

Je suis en telle inquiétude

Que je meurs de ne mourir pas…

 

Martial de Brives, « Les soupirs d’une âme exilée » dans Jean Rousset, Anthologie de la poésie baroque française, Tome 2, Paris, Armand Colin, 1961.

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Cinéphile
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