The viewing of six new works

The viewing of six new works

Michael Snow

 Image

Plasticité et fascination.

Ce qui frappe c’est une certaine nudité assez formidable quand on entre dans la pièce. Ici pas de confinement ni de foisonnement, c’est grand et nu. Il en résulte non pas un sentiment solennel  et tétanisant à la Pascal « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » mais plutôt  une sensation de perspective et de bien-être, plus  proche de l’assertion comme quoi «  L’espace, c’est le luxe absolu»  dixit  Bertrand Lavier.

L’endroit serait pourtant obscur s’il n’y avait pas ces formes mouvantes et colorées au mur, mais elles sont là et changent l’espace malgré leur caractère fictif et spectral.

Car elles ne sont pas exactement là : elles sont projetées par un dispositif sur les murs : des projecteurs plafonniers. Ainsi, chacune a son espace, ainsi elles sont six, toutes de couleurs différentes et unies, et elles ne se touchent pas, jamais.

Chacune fait son propre one thing show dans l’espace qui lui est réservé.

Elaboration géométrique curieuse, les formes colorées lorsqu’on les observe se mouvoir, semblent être dotées d’une force interne qui les pousse à se déployer (se déformer/se reformer/se transformer ?) de telle manière plutôt que de telle autre. Leur plasticité fascine, capte le regard ici et là, le lasse, puis l’intrigue à nouveau par la singularité d’une nouvelle forme qui apparaît l’espace d’un instant comme nouveauté. Pas d’arrondi ici cependant ; tout reste anguleux au sein même de la plasticité comme si celle-ci s’était malgré tout fixé des règles communes dans ce jeu de mouvance. Ainsi, Michael Snow fait le choix d’une unité dans le mouvement de son travail et étrangement celui-ci témoigne d’une certaine raison dans son élaboration qu’il reste encore à instiller.

 

Identité et changement.

Les mouvements sont insaisissables et échappent à l’analyse car ils sont ponctués de variations à différents niveaux en plus de leur caractère éphémère. La vitesse, les dimensions, les formes, tout cela s’anime sans cesse, par semble-t’il un principe de mutation interne. Parfois une couleur disparaît du cadre comme un coucher de soleil artificiel et à ce moment-là, la pièce s’assombrit.

Le regard traque une nouvelle couleur pour jouer avec elle et la regarder changer jusqu’à sa disparition temporaire.

Finalement seules les couleurs restent identiques et constituent ce à quoi l’on peut se raccrocher comme stable, en comparaison au mouvement incessant qui s’opère. Comme si le principe d’identité subsistait malgré l’évidence ici d’un mobilisme permanent. Ainsi, jaune orangé, jaune fluo, bleu, indigo, vert et magenta deviennent les seuls êtres –ou astres- qu’il est possible de connaître dans cette pièce. Elles constituent le substrat au changement qui s’opère sous nos yeux, car pour que quelque chose change, il faut bien que quelque chose demeure. Michael Snow semble avoir compris ce principe métaphysique avec The viewing of siw new Works.

Ainsi il nous donne à voir le paradoxe du changement.

En revanche le mouvement apparent des couleurs empêche de connaître autre chose car il témoigne d’un devenir permanent. Ce qui est absent devient présent: le courant de la génération ne s’arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible tour à tour ; la lumière et l’obscurité sont une seule et même chose et il n’y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est arbitraire ; le haut ne diffère pas du bas. Le mouvement brouille toutes ces oppositions.

Au cours de l’observation, il semble que le début ne diffère pas non plus de la fin.

 

L’éternel retour du même ?

Ainsi, après plusieurs dizaines de minutes, puis après une heure, puis après deux heures, impossible de dire si tout revient toujours exactement pareil et s’il y a un point de départ et un point d’arrivée.

Sauf à tricher et regarder les minutes défiler sur le compteur du rétroprojecteur. Tout semble toujours différent et il y a trop de paramètres et d’angles à observer en même temps pour s’assurer d’une éventuelle récurrence, impossible exercice pour le regard et l’esprit que de repérer les ruptures dans ce qui ne cesse de bouger et de changer sans cesse et  qui manifestement ne souhaite pas être saisi.

Ce qui semble être un éternel retour est sans certitude devant ce changement duquel on ne peut finalement saisir que lui-même au fil du temps qui s’écoule. Œuvre héraclitéenne ? Non.

Car il n’est pas certain que l’on ne regarde pas deux fois et davantage la même forme au cours de notre arrêt dans cette salle. C’est même très probable. Mais malgré tout le doute subsiste même après délibération, même si la raison technique penche pour l’affirmation de cet éternel retour.

Nous sommes donc  ici raisonnablement déroutés. Parce que ces formes colorées mouvantes ont avant tout quelque chose d’apaisant dans ce moment étrange et hors du temps qui nous est offert.

Ce temps, Michael Snow l’apprivoise et le transforme au sein même de son œuvre semble-t-il pour le vider de son emprise sur les choses et les êtres périssables, contrairement à ces formes de couleurs qui s’agitent sur les murs avec l’insouciance de l’éternité.

 

                                                                                                                                                       

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Cinéphile
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