Portrait de Mallarmé en seigneur arachnéen de l’échec

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Mallarmé, “sphinx obscur” et lecteur de Sartre, tentera l’aventure en désespéré transformant l’échec de la poésie en poésie de l’échec.Son engagement poétique surpassera cet échec en s’engageant précisément pour la chute comme la seule existence authentique possible. Cette lucidité terrible donne le titre de l’essai de Sartre sur Mallarmé :

La lucidité et sa face d’ombre.

Sartre donne à voir la démarche de Mallarmé et son engagement poétique : il convertit son échec personnel en impossibilité de la Poésie ; puis par un nouveau retournement, il transforme cet Échec de la Poésie en Poésie de l’Échec.

“Les ancêtres gonflés de hasard subissaient l’échec quand ils croyaient toucher au triomphe. Avec Mallarmé naît un homme nouveau, réflexif et critique, tragique, dont la ligne de vie est un déclin. Ce personnage dont l’être-pour-l’échec ne diffère pas essentiellement de l’être-pour-mourir heideggerien, se projette et se rassemble, se dépasse et se totalise dans le drame fulgurant de l’incarnation de la chute, il s’annule et s’exalte en même temps, bref il se fait exister par la conscience qu’il prend en son impossibilité.” (p.145)

Désormais, Mallarmé va évoluer dans des « altitudes lucides  ». Son azur a viré au blanc.

Sa « dernière cassette spirituelle », c’est lui-même, son esprit, sa conscience réflexive, telle qu’il entend s’y tenir, à la fois comme on se tient à une conduite, une résolution, un principe, et comme on demeure en un lieu où l’on pense avoir trouvé « une région où vivre ».

D’où une nouvelle figure possible du poète en araignée, solidement agrippée au centre de sa toile, veillant sur elle, ses fils, son tissage, et la solidité surtout de ses intersections.

En pensant l’échec et en s’engageant pour lui, Mallarmé, l’élu, produit un retournement qui toutefois ne peut jamais totalement s’accomplir comme satisfaisant, c’est pourquoi il demeure toujours une “face d’ombre”, il semble qu’il faille conserver, dans la lucidité même, une dose de fiction. Il est incontestable que très souvent, pour ne pas dire toujours, lorsque Sartre parle des autres, il parle de lui, Mallarmé n’échappe sans doute pas à la règle. Sartre aussi possédait cette lucidité, qui fait dire encore aujourd’hui à beaucoup qu’il est “un philosophe triste” ou encore comme il qualifie Mallarmé; un “mystificateur triste” à l’image du mage lucide, à la fois souriant et triste de la gravure d’Odilon Redon. Parce que conscient que son grand art est une illusion mais qui a l’air de dire en même temps et peut être dans un ultime espoir : “c’eut été la vérité”. Comme si toute lucidité, si engagée et vaillante soit-elle cachait toujours une face d’ombre.

*Image : Araignée souriante. Odilon Redon, 1881. Fusain, estompe sur papier vélin chamois 49,5 x39. Paris, Musée d’Orsay.

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Cinéphile
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